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Le blog de l'association Amis des Bêtes

Préserver notre santé et la planète

30 Mai 2015, 08:43am

Publié par amisdesbetes

par Christian Rémésy*

Quel comportement alimentaire devrions-nous adopter pour préserver notre santé et la planète ? S’il était interrogé, l’homme de la rue ne pourrait faire que des réponses évasives. Comment en serait-il autrement puisqu’il n’a reçu que des exhortations ennuyeuses à consommer certains aliments, à rechercher la présence de certains nutriments ou à éviter les produits trop gras, trop sucrés ou trop salés. Rien d’intéressant dans ces recommandations ou dans ce marketing réducteur, aucun éclairage significatif, et compréhensible, susceptible de donner du sens à son comportement alimentaire. Le fait que nous ayons dans notre assiette la clé pour gérer à la fois notre santé et lutter contre le réchauffement climatique n’a pas fait l’objet d’une vulgarisation audible. Certes, les partisans du bio pensent avoir trouvé la bonne solution, mais dans le fonctionnement actuel de cette filière l’origine biologique des aliments ne garantit pas la cohérence des choix alimentaires pour l’homme ou pour la planète.

Lorsqu’ils sonnent juste, les mots ont un pouvoir extraordinaire, à l’instar du terme récent d’"agro-écologie". Aucun expert ne peut prétendre que l’on puisse bâtir une agriculture durable sans cogérer l’agriculture et l’écologie, mettre un terme aux pratiques agronomiques anti-écologiques et, réciproquement, s’appuyer sur les enseignements de l’écologie pour réussir l’agriculture en lui donnant, par exemple, une mission de piégeage de carbone et de lutte contre l’effet de serre. Le défi d’une agriculture durable n’est pas gagné, mais ça ne sera pas faute de sémantique.

À la recherche d'un comportement alimentaire fédérateur

Nous avons également besoin d’un terme pour nous aider à bâtir et à adopter un comportement alimentaire positif, durable, fédérateur. Il suffit de voir la difficulté des nutritionnistes à influencer le comportement alimentaire de leurs contemporains. Dans l’incapacité de tempérer les appétits du secteur agroalimentaire, ils ne sont pas parvenus à prévenir l’épidémie mondiale d’obésité. Incapables de nous dire plus simplement quel devait être notre comportement alimentaire et de le relier aux questions écologiques, les spécialistes de l’alimentation ont laissé les consommateurs perdus dans les linéaires des supermarchés chercher la solution dans la lecture d’étiquetages incompréhensibles. Le résultat est caricatural : plus le citoyen est incompétent, plus il a un Caddy déséquilibré et plus il est sujet à la surcharge pondérale. Cela n’empêche pas les responsables du secteur agroalimentaire de mettre en exergue l’importance du libre choix des consommateurs pour mieux s’en laver les mains. Et quand notre citoyen, fatigué par tant de nourritures industrielles, va consulter le médecin pour se plaindre qu’il n’est pas très en forme, il n’en ressort pas avec des conseils judicieux pour changer en profondeur son comportement alimentaire.

Le Programme national nutrition santé, censé délivrer le discours officiel, pratique la langue de bois, se cantonne à des recommandations élémentaires, voire excessives et contre-productives, à l’instar des trois produits laitiers par jour. Dans ces conditions, les politiques se gardent bien d’émettre le moindre avis, d’autant qu’ils ne savent pas sur quel levier agir et sont peu convaincus de l’intérêt de sortir du modèle alimentaire existant. C’est ainsi que notre citoyen consommateur adapte son comportement au gré d’influences diverses, conditionné par ses habitudes alimentaires et ballotté entre ses influences culturelles et les informations partielles qu’il reçoit. Certains, souvent par sensibilité pour la cause animale, deviennent végétariens ou, avec plus de rigueur, végétaliens. Une grande majorité demeure omnivore sans avoir une connaissance particulière de la trop grande part des produits animaux dans son alimentation (un tiers des calories en moyenne), et de ses conséquences sur sa santé ou sur son empreinte écologique.

Devenir éco-végétarien

Il est temps de suggérer à ces personnes de devenir "éco-végétariennes". De quoi s’agit-il ? De prôner un comportement alimentaire qui limite la part des calories animales à 10 ou 20 % des calories totales, sans exclure une consommation modérée de viande, et qui valorise un ensemble de produits végétaux. Si le terme éco-végétarien est un néologisme, de nombreux régimes alimentaires traditionnels, à l’instar des régimes méditerranéens et asiatiques, peuvent être qualifiés d’éco-végétariens. Ces modes alimentaires ont montré leur efficacité dans la couverture des besoins nutritionnels et la préservation de la santé, leur compatibilité avec une agriculture écologique dans laquelle la biodiversité n’était pas un mot creux, mais l’industrialisation de l’alimentation n’a pas permis de les sauvegarder et, maintenant, tous les supermarchés de France et de Navarre se ressemblent.

Apprenons tous à devenir éco-végétariens. Un mode alimentaire déclinable dans toutes les cultures culinaires du monde et qui correspond à l’histoire de l’humanité, habituée depuis toujours à compléter les produits de la cueillette ou de l’agriculture par la consommation de produits animaux, en quantité souvent très limitée. Une nourriture à prédominance végétale, plus efficace sur le plan du rendement agronomique et aussi plus écologique puisqu’elle évite de faire produire intensivement des céréales et des protéagineux pour nourrir le bétail, et donc compatible avec un traitement acceptable des animaux d’élevage en leur évitant les conditions concentrationnaires des ateliers industriels. Un mode alimentaire parfaitement adapté à la couverture des besoins nutritionnels humains, par sa richesse en micronutriments protecteurs et par sa modération en calories animales dont on doit éviter les excès. Loin des contradictions du végétarisme conventionnel et parfois de ses limites nutritionnelles. Une nourriture, enfin, très efficace pour la préservation de la santé, comme l’ont montré tant d’études épidémiologiques.

Dans ce comportement éco-végétarien, il s’agit d’éviter aussi les produits mal transformés, mal formulés, source de calories vides et dont l’industrie alimentaire cherche à nous gaver, au risque de provoquer des déséquilibres corporels. Car, sans un tri sévère dans la nourriture industrielle, nous ne pourrons pas bénéficier du potentiel protecteur de ce régime éco-végétarien. Que les diététiciens fassent enfin connaître la proportion des calories d’origine animale et celle des calories vides dans notre alimentation contemporaine !

Nous avons les clés pour adopter un comportement alimentaire efficace à la fois pour la santé et la préservation de l’environnement. À nous de les utiliser.

* nutritionniste, directeur de Recherche INRA

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