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Le blog de l'association Amis des Bêtes

Le diable de Tasmanie

6 Décembre 2012, 16:32pm

Publié par amisdesbetes

Le blog de Catherine VINCENT " un éléphant dans mon salon, un blog à connaitre

Quatorze diables en liberté sur une île (presque) déserte

Quatorze diables soigneusement sélectionnés par des programmes de reproduction, quatorze diables en parfaite santé vont être relâchés jeudi 15 novembre sur l'île Maria, au large de la côte est de la Tasmanie. L’opération de la dernière chance pour ce petit marsupial ? Le diable de Tasmanie - puisque c’est de lui qu’il s’agit - est en effet menacé par un cancer de la face qui a décimé l’essentiel de sa population. Et dans son île australienne, où ce curieux animal est devenu une espèce culte, on prend l’affaire on ne peut plus au sérieux.

Connu du monde entier grâce à Taz, le personnage de la série animée « Looney Tunes »,

 

 

le diable de Tasmanie ne vit plus que son île éponyme. Depuis la disparition, en 1936, du tigre du même nom, il y est même devenu le plus grand marsupial carnivore de toute l’Australie. D’où son statut emblématique. Lequel fait un peu oublier les multiples disgrâces dont est affligée cette créature : son goût pour les charognes, la rougeur (diabolique) dont s’ornent ses oreilles pointues sous le coup de l'excitation,  son odeur (au moindre stress, elle devient infecte), son cri impressionnant:

et, surtout, son agressivité.


Qu'il s'agisse de s'imposer sur ses concurrents lors de la reproduction, de trouver son rang dans les hiérarchies sociales ou de se partager une carcasse, l’espèce ne connaît rien de mieux pour régler ses problèmes que de mordre ses congénères. C'est même à cette vilaine manie qu’elle doit le cancer qui la décime : transmis par la bouche, ce très contagieux cancer de la face (« Devil facial tumour disease », ou DFTD) s'y développe en priorité, empêchant sa victime de se nourrir jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Apparu en 1996 dans le nord-est de la Tasmanie, le DFTD aurait aujourd'hui tué plus des trois quarts de la population – laquelle était estimée à 150 000 individus au début des années 1990. A ce rythme, estiment les experts, l'espèce aura disparu dans moins de vingt ans. Or, le diable de Tasmanie, autrefois considéré comme une nuisance, est désormais reconnu pour son rôle écologique. Il élimine les carcasses d'animaux morts, et exerce par sa présence une pression sur les populations de renards, ce qui explique qu'il soit devenu l'emblème des parcs nationaux de l'île. En Australie, sa sauvegarde est donc devenue un enjeu national. Mais comment s’y prendre ?

Faut-il accélérer par fécondation in vitro la reproduction de l'espèce en captivité ? Miser sur une résistance génétique au cancer afin de développer un vaccin ? Tenter de sanctuariser des petits groupes indemnes de la maladie sur une île voisine ? Dans l’état actuel des recherches, c’est cette dernière solution qui a été retenue. Cap, donc, sur l’île Maria.

Pour le ministre de l'environnement de Tasmanie, Brian Wightman, l’arrivée des marsupiaux dans cette réserve naturelle constitue « une avancée majeure » dans la course contre l'extinction de l’espèce. « Le transfert sur l'île Maria a pour objectif d'avoir une population indépendante de diables sains et vivant en liberté, dans un endroit sûr, d'où ils seront protégés de la contamination par ce cancer mortel », a-t-il précisé, en espérant que cette population de secours « fournira un pool génétique pour de futures réintroductions ».

L’opération réussira-t-elle ? En 2005, des femelles avaient déjà été transférées sur l’île Maria. Mais deux d’entre elles, pourtant déclarées « saines », avaient développé et transmis la maladie dans les mois suivants. De plus, compte-tenu de la faible diversité génétique de l’espèce, les scientifiques estiment que l’isolement d’une petite population apte à une bonne reproduction ne pourra excéder cinq ans sans adjonction de sang neuf, ce qui supposera une prise de risque récurrente lors de l’introduction de nouveaux animaux. La survie de l’espèce semble donc étroitement dépendante de l’existence d’un test de diagnostic précoce du DFTD.

L’un d’entre eux est actuellement à l’étude, qui se fonde sur l’expression, chez les animaux atteints de ce cancer, de gènes spécifiques des cellules de Schwann (des cellules qui protègent les neurones dans le système nerveux périphérique). Une découverte récente qui pourrait également, estiment les chercheurs, déboucher sur des vaccins et des thérapeutiques. En attendant, les quatorze diables sélectionnés pour l’aventure vont donc découvrir  l'île Maria. Un parc naturel montagneux de 115 km2 qui ne possède ni véhicule, ni magasin, ni habitant permanent - gardes forestiers exceptés –, mais qui accueille  des touristes à la journée.

Catherine Vincent

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