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Le blog de l'association Amis des Bêtes

L'histoire de DAWA

25 Janvier 2013, 14:46pm

Publié par amisdesbetes

Texte de Anne ASKEVIS

Vous vous souvenez peut être du sauvetage des chiens Dogue du Tibet d’un élevage de Jarrier en Savoie en janvier 2011. 61 chiens vivants et plus d’une centaine de cadavres avaient été découverts sur les lieux.


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Nous avons participé à cette intervention, et recueilli 16 de ces chiens dans notre refuge d’Aix les Bains.

Je serai brève sur le temps passé par tous les bénévoles et salariés du refuge pour tenter de resocialiser ces animaux terriblement traumatisés, sachant que l’urgence au début était de soigner des chiens en état de cachexie avancée,  terrorisés, porteurs de multiples pathologies telles que gale, teigne, parasitisme, infections utérines à force de reproduire.

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Aujourd’hui, 2 ans après leur arrivée au refuge, nous hébergeons encore 5 dogues, parfaitement rétablis et intégrés à la vie du refuge, mais toujours très craintifs envers les inconnus.

Au cours de ces longs mois, j’ai appris à connaitre et aimer cette race  singulière, si différente des autres chiens, au point d’être particulièrement vigilante quant à leur placement en famille !

En effet, de nombreux refuges ayant hébergé quelques-uns de ces chiens ont connu de grandes difficultés, soit que les animaux se soient échappés de leur famille d’accueil (beaucoup ont péri lors d’accidents de circulation) soit qu’ils aient dû être euthanasiés du fait de leur agressivité.

Nous avions été confrontés à la fugue de 2 de nos dogues lors de leur placement en famille d’accueil, et avions réussi à les récupérer après plusieurs jours de recherche. (Mais quelle joie quand elles sont revenues vers nous au milieu de la nuit !)

Au mois d’Août 2011, nous avons appris qu’une chienne s’était échappée d’un refuge chambérien. Elle n’était pas stérilisée (suivant les directives de One Voice, association coordinatrice de cette opération).

Nous ne pouvions rester insensibles à l’idée de cette chienne redevenue « sauvage »  errant dans les bois, si craintive et risquant chaque jour ou de se faire tuer par une voiture, ou de périr sous les balles des chasseurs.

Nous ne la connaissions pas. Une longue traque a débuté.  Dans un premier temps, nous avons essayé de la repérer et de reconstituer le circuit qu’elle empruntait régulièrement. Puis, nous avons déposé de la nourriture toujours au même endroit afin de la fixer avant de mettre un piège qui nous permettrait de la capturer. Notre piège a parfaitement fonctionné ! Dawa (car c’est son nom) venait tous les jours manger, mais se gardait bien de faire déclencher le système ! Par contre, chats, rongeurs, fouines et autres, bien moins malins, se faisaient régulièrement prendre !

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Les dogues du Tibet, chiens primitifs, n’ont qu’une seule portée par an. Décembre arrivant, nous étions convaincus qu’elle allait mettre bas. Ses visites sur le point de nourrissage se faisaient plus rares, nous ne la voyions plus qu’épisodiquement sur la route dans la lueur de nos phares, et étions persuadés qu’elle avait eu des petits. Mais où ?

A force de recherches, de visites de tous les terriers du secteur, (et  il y en a !) nous avons trouvé l’endroit où elle avait mis à l’abri ses petits. Un profond terrier difficilement accessible, avec de nombreuses entrées (et sorties). Nous y avons installé une caméra de surveillance qui nous envoyait régulièrement des photos de la chienne venant manger.

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Un dimanche du mois de mars, après avoir bloqué plusieurs issues, nous avons enfumé le terrier et récupéré un chiot…..Dawang. Nous savions qu’il y avait 3 chiots, mais les 2 autres restaient introuvables.

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La semaine qui a suivi cette capture, Dawa cherchait désespérément ses petits. Chaque matin, à 6 h, elle sortait de la forêt et appelait les chiots. Nous avons alors tendu des filets sur toute la longueur d’un champ, mis le chiot dans le piège en espérant qu’elle vienne tenter de le récupérer, l’un de nous, muni d’un fusil hypodermique  souhaitait pouvoir l’endormir.

Mais c’était bien mal juger de l’intelligence et du flair de Dawa !

Une fois de plus elle avait réussi à déjouer tous nos efforts.

Les mois ont passé. Chaque jour Dawa était nourrie, bien sûr, mais je redoutais l’arrivée de l’hiver (son 2èmedans la nature !) et la perspective d’une nouvelle portée !

Ils sont nombreux les endroits où nous l’avons attirée ! Les nuits de planque dans la voiture, les poses et déposes d’un piège lourd et encombrant,  et toujours cette immense émotion quand nous la voyions venir manger, attentive, à l’écoute, prête à fuir au moindre mouvement ou bruit inhabituel !

En septembre 2012 (et oui déjà plus d’un an !) nous l’avons croisée avec son amoureux ! Et là plus de doute, elle allait de nouveau être pleine.

Nous avons décidé de déposer la nourriture dans une vieille roulotte où je savais qu’elle allait souvent se reposer, et de ne mettre à manger que là, sans céder s’y toutefois elle ne venait pas s’y restaurer. Pendant presque 3 semaines, aucune visite. Seules les fouines trouvaient la cantine géniale et préparaient leur gras pour l’hiver ! (j’omets les nombreux chats qui, eux aussi, ont bien profité de l’aubaine !)

La nourrissant depuis si longtemps, il nous était difficile de résister à l’envie de lui mettre sa pitance ailleurs, mais il ne fallait pas abandonner si nous voulions enfin la capturer !

Et puis, elle est revenue ! Tous les jours, presque à la même heure. Nous pouvions alors envisager de faire que cette roulotte devienne elle-même un piège. Nous avons donc concocté un système de déclenchement à partir d’une gamelle, grillagé l’ensemble de la roulotte, renforcé par des parpaings le socle, masqué par une bâche militaire les ouvertures.img7

Bien évidemment elle n’est pas revenue, une fois de plus, pendant une quinzaine de jours, mais très vite la caméra nous a indiqué que ces passages redevenaient réguliers.

Il était temps de passer à l’action ! Nous savions qu’elle avait dû faire les petits. L’hiver s’installait durablement, mes collègues commençaient à douter d’une issue positive.

Nous avons passé plusieurs nuits à quelques mètres de la roulotte ; (bien sûr hors de vue de Dawa) mais suffisamment proches pour entendre, grâce à deux portables en communication, l’un caché dans la roulotte et l’autre dans notre véhicule, le bruit de la porte se refermant sur elle.

La troisième nuit fut la bonne ! Notre équipe s’est précipitée pour encercler la roulotte et attraper la chienne prise au piège. Je vous laisse imaginer l’état d’exaltation et de joie qui étaient les nôtres !

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Cela faisait bientôt 18 mois que nous attendions ce moment ! Nous avons persisté malgré le découragement souvent, les nuits passées à guetter, les petits matins où nous allions recharger la gamelle, ou encore les matins neigeux où nous suivions ses traces dans la neige (ce qui nous a d’ailleurs permis de la localiser) mais je garde un souvenir tendre de ces virées dans la nuit !

Etonnamment le retour au refuge, dans une euphorie bien compréhensible, s’est bien passé. Dawa semblait calme (elle a même mangé peu de temps après son arrivée !) mais ses mamelles étaient bien pleines. 

Il nous fallait impérativement trouver les chiots !

Le surlendemain matin, Dawa bien harnachée, nous sommes partis en chasse !

Dawa nous a fait faire le tour complet du secteur ! 2 heures de marche sur un circuit que je connaissais bien ! Moi qui pensais qu’elle nous amènerait directement au nid !

Je l’ai dirigée vers un endroit où je pensais que les chiots pouvaient se trouver…et là….2 chiots se sont manifestés et sont sortis d’un roncier inextricable pour se précipiter vers les mamelles de leur mère !

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Je ne m’étendrai pas sur la joie immense que nous avons ressentie devant ce sauvetage réussi ! Soulagement, plénitude, plaisir sans réserve et surtout….surtout ces retrouvailles émouvantes d’une mère et ses petits !

Cette longue traque,  ces nuits sans sommeil avaient enfin trouvé leur épilogue.

Je suis fière de ce que nous avons accompli, fière de toutes ces bonnes volontés qui se sont manifestées au fil des mois. Fière d’avoir réussi là où l’on nous donnait perdant, mais par dessus tout, je ne voulais pas que cette chienne sauvée de « l’enfer » soit laissée livrée à elle-même, sans attache ni abri.

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  Je crois pouvoir dire que les dogues du Tibet m’ont appris la persévérance, la constance et la ténacité indispensable à toute protection animale efficace.

Anne

 

 

 

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Commenter cet article

josie 26/01/2013 14:39

Bravo et merçi pour eux ,quelle patience mais qui au fond a ètè payante.....

Martine 13 25/01/2013 19:19

Et bien quel périple !!! chapeau bas Mesdames et Messieurs pour ce sauvetage, pour votre constance et votre dévouement sans faille à l'amour des animaux. MERCI MERCI MERCIIIIIIIIII