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13- L'essor de l'elevage, une menace pour la planete, Le Monde, 18/02/10, 11h41
La consommation mondiale d'aliments issus de l'elevage (viande, œufs, produits
laitiers) progresse a une vitesse vertigineuse. Aujourd'hui, par exemple, un Chinois mange en moyenne 59,5 kg de viande par an, contre 13,7 kg en 1980. Il a aussi multiplie sa consommation de
produits laitiers par dix sur la meme periode, a 23,2kg !
Cette expansion soutenue ne va pas sans poser une multitude de defis, estime le
rapport annuel sur "La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture", publiee, jeudi 18 fevrier, par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) :
"La croissance rapide du secteur de l'elevage (…) a engendre des risques systemiques qui pourraient avoir des consequences catastrophiques pour les moyens de subsistance, ainsi que pour la
sante humaine et animale et pour l'environnement."
C'est la premiere fois, depuis 1982, que la FAO decide de consacrer le theme-cle
de son principal rapport annuel a l'elevage. L'enjeu est donc bien de taille.
2,6 milliards de bovins et 2,7 milliards d'ovins d'ici a 40 ans
Le phenomene est planetaire. Des lors que le niveau de vie moyen augmente, les
modes de consommation alimentaire changent en profondeur. Les regimes a base de cereales, tubercules et autres racines sont completes par des produits issus de l'elevage. Dans les pays en
developpement, a l'exception de l'Afrique subsaharienne, la consommation de lait a presque double depuis les annees 1960, celle de viande triple, tandis que celle d'œufs a
quintuple.
Dans les pays developpes, les habitants mangent,
eux aussi, toujours plus d'aliments issus de l'elevage, meme si cette croissance s'est fortement tassee. La consommation de viande y est passee de 76,3 kg par personne, en 1980, a 82,1 kg
aujourd'hui. Les frequents appels a manger moins de viande au nom de l'environnement, comme celui lance en decembre 2009 par l'ancien Beatles, Paul McCartney, n'ont pas encore inverse la
tendance au sein de la plupart des pays les plus riches.
Pour repondre a cet appetit et a l'accroissement demographique de la planete,
qui devrait compter 9 milliards d'habitants en 2050, le nombre de bovins devrait passer de 1,5 a 2,6 milliards de tetes et celui des ovins de 1,7 a 2,7 milliards d'individus d'ici a quarante
ans, selon l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI).
Si l'abus des produits issus de l'elevage peut favoriser l'obesite ou le
developpement de maladies cardio-vasculaires, ces nouveaux regimes alimentaires gardent toutefois un impact positif sur la sante des individus, selon la FAO : ces denrees sont une "excellente
source de proteines de haute qualite, de micronutriments essentiels comme la vitamine B, et d'oligo-elements cruciaux comme le fer ou le zinc".
Or aujourd'hui, 4 a 5 milliards de personnes souffrent dans le monde de carences
en fer, avec parfois des consequences dramatiques sur les femmes enceintes ou sur la croissance des enfants.
Pour autant, ces nouvelles habitudes alimentaires comportent des risques
majeurs. A commencer par de tres lourds enjeux economiques, car pres de un milliard de personnes vivent de l'elevage dans les pays en developpement.
Or les nouveaux comportements pour se nourrir s'accompagnent d'une mutation en
profondeur des modes de production : les petites exploitations qui survivent avec quelques volailles, porcs ou vaches, sont remplacees par des entites specialisees sur un seul produit, qui
pratiquent un elevage intensif a grande echelle, et se montrent donc bien plus competitives.
Ce modele, largement developpe au Bresil, en Chine ou en Thailande, est appele a
se propager a l'ensemble de la planete. Mais, comme le note la FAO, "lorsque la transition est extremement rapide, (…) les implications pour la pauvrete et la securite alimentaire peuvent se
reveler dramatiques et justifier l'intervention publique".
Et l'agence des Nations unies d'appeler les Etats
a favoriser l'integration de certains exploitants a des cooperatives, gage en principe d'une plus grande competitivite et d'une meilleure valorisation de leurs produits. Cela ne suffira pas. Il
faudra aussi favoriser la reconversion professionnelle de beaucoup d'autres, car "la plupart des petits eleveurs finiront par quitter le secteur".
Cout environnemental
Autre risque majeur engendre par ces nouvelles habitudes alimentaires : le cout
environnemental. Les chiffres sont accablants : l'elevage est responsable, aujourd'hui, de 18 % des emissions totales de gaz a effet de serre (davantage que les transports); est a l'origine de
8 % de la consommation mondiale annuelle d'eau, et occupe pres de 80 % de la superficie agricole de la planete, entre les zones de paturage et celles produisant l'alimentation des animaux.
pour en savoir plus sur les vaches à hublot
La encore, la FAO juge "necessaire" l'intervention des pouvoirs publics, car "le
secteur de l'elevage a un potentiel enorme en matiere de contribution a l'attenuation" du rechauffement climatique. Et l'organisme de lister de multiples mesures pour restreindre l'impact
environnemental de l'elevage : d'abord, penaliser financierement les abus, car "les prix actuels des terres ou de l'eau (…) ne refletent pas la vraie valeur rare de ces ressources, ce qui
entraine leur surconsommation"; ensuite, ameliorer l'alimentation du betail, notamment par le biais d'additifs, pour reduire les emissions de methane; enfin, favoriser la consommation de porc
ou de poulet plutot que de bœuf, qui consomme davantage de calories vegetales pour produire une calorie animale.
Reste un defi majeur : celui de la sante publique. "Environ 75 % des nouvelles
maladies qui ont affecte les humains depuis dix ans sont causees par des pathogenes provenant d'animaux ou de produits d'origine animale", rappelle la FAO. Or les nouvelles exploitations
intensives dans les pays en developpement se sont souvent implantees a proximite des centres urbains afin de limiter les transports. Autant de conditions propices a la propagation des maladies
a l'homme. D'ou l'imperieuse necessite de les relocaliser loin des villes.
A cela s'ajoutent les failles beantes des systemes publics de controle sanitaire
des aliments, ou l'importance des marches informels. Une nouvelle fois, la FAO en appelle aux pouvoirs publics pour prevenir et maitriser ces risques sanitaires. Comme pour les defis
economiques et environnementaux, "une action est necessaire a tous les niveaux : du local, en passant par le regional et le national, jusqu'a l'international".